L'édition 2026 de Goodwood Revival fut une fois de plus exceptionnelle, tant sur la piste que sur l’ensemble du site. Le fil rouge de cette année était l’Italie et la 'Dolce Vita'. Une belle série de Vespa de tous les âges rivalisaient avec des Fiat 500 et les Abarth. Maserati était à l’honneur, ainsi que le regretté Jack Brabham. Le Duc Charles fit un poignant discours ; David Brabham avait du mal à cacher son émotion. Un large panel de voitures ayant été pilotées par 'Old Jack' émaillait la grille de départ et bien entendu les Formule 1 qu’il avait construites lui-même et avec lesquelles il avait conquis son troisième titre de champion du monde.
St Mary’s Trophy Part 1
La première course, disputée vendredi en fin de journée, fut palpitante. Elle était ouverte aux voitures de tourisme pilotées par les invités. Romain Dumas, réputé pour ses départs canons, a quelque peu raté son envol. Frank Stippler (Alfa Romeo GTA) et Jenson Button (Ford Cortina Lotus) se sont présentés en tête et de front dans la première courbe ; la belle italienne a décroché de l’arrière et a expédié la Cortina dans l’herbe. Button est reparti, mais ne pouvait espérer un bon classement. Romain Dumas a rapidement pris le commandement au volant de son imposante Ford Galaxie, pourchassé par Frank Stippler qui maîtrisait avec autorité son agile Alfa Romeo. En troisième position, on retrouvait Tom Ingram sur sa spectaculaire Ford Cortina Lotus. C’est dans cet ordre que les trois pilotes ont franchi la ligne d’arrivée. Derrière, c’était un véritable festival de luttes endiablées qui a tenu en haleine un public passionné.
Stirling Moss Mémorial Trophy
L’épreuve, disputée vendredi à la vesprée, mettait aux prises les Ferrari 250 GT SWB, Aston Martin DB4 GT, Jaguar E-Type et autres Lotus Elite pour une heure de course. La désirable Ferrari 250 GT Tour de France d’Alexander van der Lof et Yelmer Buurman a pris la tête et a contrôlé cette manche sans la moindre anicroche. On saluera la magnifique performance de la Lotus Elite que se partageaient Michael Gans et Horatio Fitz-Simon. Ce dernier occupait la cinquième position et a effectué une impressionnante remontée, au prix d’un pilotage acrobatique, pour s’installer en deuxième position. La petite Lotus a conservé son bien jusqu’à l’arrivée, ne laissant aucune chance à la rapide Jaguar E Type de Chris Harris et Richard Kent, qui s’est emparée de la troisième marche du podium.
Vincent Gaye et les frasques de Fisken
Cette course fut très compliquée pour l’homme de Lasne Vincent Gaye. Première alerte lors de la séance d’essais qualificative quand son équipier Joe Twyman manquait un freinage à Woodcote, la jolie Ferrari 250 GT Tour de France, dérapait et finissait son embardée en effleurant la pile de pneus avec le phare droit. Plus de peur que de mal pour le Britannique, qui repartait mais ne pouvait faire mieux que neuvième sur la grille. "Joe a mal estimé son freinage et est allé trop loin dans la courbe, ce qui a entraîné son escapade hors de la piste. C’est vraiment dommage", commente Vincent Gaye. Il avait fait d’excellents temps dans les deux premiers secteurs et avait pris une seconde au Hollandais van der Lof, sur la voiture sœur."
La course fut loin d’être heureuse pour l’équipage de la Ferrari. Vincent poursuit : "Gregor Fisken (Aston Martin DB4 GT) m’a coincé dans la première courbe (Madgwick) et m’a empêché de prendre la corde. Il m’a ensuite bloqué, m’empêchant d’envisager le moindre dépassement… À ce moment-là, j’occupais la neuvième position. J’étais décontenancé. Cette situation a permis à deux Aston Martin et à une Jaguar de recoller et d’ensuite de me doubler. J’ai patiemment dépassé ces trois concurrents pour me retrouver à nouveau aux basques de Fisken. Gregor a poursuivi son manège, nous nous sommes présentés de front dans le léger gauche qui suit Lavant Corner, l’Ecossais basé à Londres, avait perdu du temps dans cette courbe en doublant un attardé, j’étais derrière mais bénéficiais d’un meilleur élan. Il m’a subtilement tassé sur la droite et ma Ferrari a mis deux roues dans l’herbe. J’étais à ce moment-là à 190 km/h, une roue est tombée dans un trou, ce qui a entrainé la perte d’un phare et a occasionné un affaissement du pot d’échappement. Les plaquettes de frein avaient souffert sous le choc elles étaient rétractées dans leurs étriers. Je suis reparti à l’attaque, les plaquettes se sont remises en place, au prix de quelques frayeurs. Mon mécanicien m’a ensuite conseillé de postposer mon relais, estimant qu’il fallait profiter des arrêts aux stands des voitures qui me précédaient. J’ai profité de cette occasion pour prendre la tête durant deux tours. Mon échappement frottait au sol, la direction de course m’a alors présenté le drapeau noir avec disque orange m’indiquant que je devais rentrer aux box. Lorsque je suis arrivé à mon stand, un officiel m’attendait et semblait très fâché. Il m’a ordonné d’une manière un peu verte de rejoindre le parc fermé en ces termes : 'Cette voiture ne bouge plus, sortez du circuit !.' Gregor Fisken m’a invité, ainsi que les membres de ma famille, dans son réceptif, sans faire aucune allusion à ce qui s’était passé lors de la course ! Les autres concurrents, témoins de ses agissements, étaient venu aux nouvelles et ne s’étonnaient pas des habitudes plutôt douteuses de l’Ecossais..."
Chichester Cup
La première course de samedi réservée aux Formule Junior s’est déroulée sur une piste plutôt grasse. Les concurrents ont rusé avec ces conditions compliquées. Certains d’entre eux ont testé les bas-côtés herbeux. Stuart Roach (Alexis Ford MK3) et Michael Hibberd (Lotus Ford) se sont livré bataille d’une manière plutôt spectaculaire, le duo de choc nous a fait dresser les cheveux sur la tête. Roach s’est ensuite échappé creusant l’écart sur ses poursuivants. Andrew Hibberd termine deuxième devant Joe Colassacco (RAM FJ).
Brooklands Trophy
L’épreuve réservée aux 'grands-mères' du plateau (construites entre 1920 et 1940). Ces vénérables machines n’ont pas trainé, se montrant très spectaculaires malgré leur grand âge. Patrick Blakeney-Edwards gagne avec son Alfa Romeo 8C 2300 Monza devant une voiture identique pilotée par Roderick Jack et la Frazer Nash TT Réplica de Robert Beebee.
Barry Sheene Memorial Trophy Part 1
La première manche de cette compétition mettait en piste des motos antérieures à 1955. Ces machines, dépourvues de carénages, se présentaient sur la piste dans leur plus simple appareil. Après un départ type Le Mans, les concurrents ont eu fort à faire avec la piste toujours aussi glissante. La victoire est revenue à l’équipage Booth-Amos/Kingham (Vincent Black Shadow) devant Tood/Schwab (BMW R57 Kompressor) et la Norton Man pilotée par le grand champion du TT, John McGuiness, associé à Richard Parker.
Lavant Cup
Le match entre les Ferrari et les Maserati sport construites avant 1955 fut intéressant. Si Richard Wilson (Maserati 250 S), auteur de la pole position, s’envolait en tête pour ne plus la quitter, la bagarre entre James Cottingham (Ferrari 500 TRC ex-Équipe Nationale Belge) et Franck Stippler fut de toute beauté. Stippler se faisait une frayeur dans le dernier tour en s’offrant un petit passage dans l’herbe, mais conservait sa troisième place derrière Wilson vainqueur inattaquable et un James Cottingham sage et prudent.
Goodwood Trophy
Cette série nous permet d’admirer en piste des voitures de Grand Prix à moteur avant construites entre 1930 et 1951. Les ERA étaient particulièrement spectaculaires. Elles empochaient les trois premières places. Cette course a été marquée par une lutte acrobatique entre Mark Gillies (ERA) et David Morris (ERA). Le premier nommé emportait les lauriers de la victoire face à son adversaire qui s’adjugeait la deuxième place devant Michael Gans. A noter la spectaculaire embardée de Ben Fidler qui se classait finalement quatrième.
Richmond & Gordon Trophies
L’épreuve réservée aux Formule 1 construites entre 1954 et 1960 a donné lieu à une sacrée bagarre entre Miles Griffiths (Lotus XVI) et William Nuthall (Cooper T53). Mais la performance la plus significative est celle de Tom Waterfield (Cooper T53) qui effectuait une incroyable remontée depuis le fond du classement. Il remportait la victoire devant Nuthall et Griffiths.
Sussex Trophy
Le Sussex Trophy regroupait des voitures de sport qui avait contribué à la légende des 24 Heures du Mans. Johnny Mowlem et Bonamy Grimes ont bien géré la course, étant par ailleurs auteurs du meilleur temps aux essais, Grimes a construit une belle avance. On aurait pu imaginer que lors du relais, l’équipage aurait perdu du terrain, mais quand Mowlem a repris les commandes, il a assuré le leadership. C’est avec 18 secondes d’avance que l’équipage de la Lotus XV Climax a franchi la ligne d’arrivée en vainqueur. Derrière, on retrouvait Assam/Shedden sur Lister Jaguar Knobly et Jarvis/Malvern sur Lister Costin Chevrolet. A l’arrière, on n’a pas manqué la bagarre plutôt musclée entre Tom Kristensen (Lister Jaguar Knobbly) et Chris Ward (Jaguar D Type 'long nose') qui enroulait les virages en dérapage contrôlé.
Barry Sheene Memorial Trophy Part 2
La seconde empoignade des deux-roues a eu lieu le dimanche matin. Si Stuart Tonge était le plus prompt à la manœuvre lors du départ, c’est Glen English qui surgit en tête à la fin du premier tour. Perkin (Vélocette) était en embuscade. English partait à la faute à la chicane et chutait, hypothéquant ses chances de victoire. Cette dernière revenait à l’équipage de la Vincent Black Star de Booth-Amos/Kingham qui de ce fait empochaient les deux manches du week-end. McGuinness/Parker étaient deuxièmes sur Norton Manx, suivis par la Matchless de Childe/Tonge.
Freddy March Memorial Trophy
Cette catégorie mettait en piste les voitures qui ont animé les 9 Heures de Goodwood dans les années ’50. Chris Ward et Jenson Button ont réalisé une incroyable séance d’essais, seule 22 dixièmes de seconde les séparaient. La lutte promettait d’être musclée, pourtant, un problème mécanique allait mettre Button hors combat. Ward filait en tête et la conservait jusqu’à l’arrivée. Il devançait Theo Hunt (HWM Jaguar) et Bill Shepherd sur son impressionnante Ford Thunderbird 'Battlebird'.
Une lutte intense opposait la HWM de Richard Woolmer et l’Austin Healey de Jack Rowles. Les deux diables se dépassaient et se redépassaient sans cesse. Un passage plutôt limite à Lavant a particulièrement émerveillé les spectateurs. Les pilotes faisaient preuve d’une maîtrise absolue. Le pilote de l’Austin a finalement jeté l’éponge en toute fin de course, victime d’un souci de moteur.
Whitsun Trophy
Dans le Whitsun Trophy, nous avons le bonheur de voir en piste les monstres les plus puissants du plateau. Des machines aussi imposantes que hautement performantes. Difficile de faire passer la motricité sur une piste souillée d’huile par les courses précédentes… Stuart Hall (Lola T70 Spyder) est sorti de la piste, évitant de justesse d’entraîner Alex Brundle (Lola T70 Spyder) dans sa chute. Ce fut ensuite un festival de sorties de piste, heureusement sans gravité. Celle de Steve Seaman occasionnait une interruption d’un quart d’heure. Le Japonais Katsu Kubota nous gratifiait d’une belle série de visites dans les bas-côtés, le spectacle était permanent !
Le classement final était le suivant : James Davison sur McLaren M1B gagnait devant Alex Brundle sur Lola T70 Spyder et John Spiers sur McLaren M1B.
St Mary’s Trophy Part 2
La seconde manche du St Mary’s Trophy était réservée aux propriétaires des voitures de tourisme. Fred Shepherd sur Ford Galaxie prenait un bon départ, pourchassé par les Ford Cortina Lotus de Chilton et Sampson. Ces derniers ont occupé un moment la tête avant de baisser pavillon devant la grosse Galaxie. Derrière, une lutte impressionnante opposait les Mini Cooper de Swift et Colburn qui tentaient par tous les moyens de passer la Jaguar MKII de Ward. Finalement ce dernier est parti à la faute et a abandonné. Premier Fred Shepherd sur Ford Galaxie devant Max Shilton sur Ford Cortina Lotus et Richard Williams sur Ford Cortina Lotus.
Glover Trophy
C’était au tour des Formule 1 1500 (1961-1965) de prendre possession de la piste. Stuart Halusa (Brabham) partait en tête dans les premiers tours mais rétrogradait en troisième position. Il tentait de récupérer son bien, mais son intrépidité le pousse hors de la piste. Il entamit ensuite un duel avec Ben Mitchell (Cooper) alors en deuxième position. Mitchell rentrait au stand, ce qui profitait à Joe Colasacco (Ferrari) qui s’emparait de la deuxième place. La voiture de sécurité prenait la piste, et à la reprise, Colasacco était en tête et la gardait jusqu’à l’arrivée. Stuart Hall (Lotus 21) était deuxième et Nick Fenell (Lotus 25) troisième.
RAC TT Célébration
La dernière course de la journée était très attrayante avec notamment les spectaculaires Shelby Cobra, Jaguar E-Type et TVR.
Mike Whitaker prenait la tête avec à ses trousses Jack Telly (AC Cobra) qui sortait large à St Marys. Dario Franchitti (TVR) était bloqué au stand alors qu’il s’apprêtait à prendre la tête. C’est finalement André Lotterer et Lukas Halusa sur leur Jaguar E Type Lightweight qui remportait l’épreuve devant la Shelby Cobra de Holme/Jordan et la Lister Jaguar Coupé de Wakman/Johnson. Cette ultime joute clôturait ce magnifique week-end marqué par un soleil timide qui finissait par sortir au grand jour en fin d’après-midi.
Bref, ce fut encore une série de moments magiques qui ont émaillé cette édition du Revival Meeting. (Texte & Photos : Christophe A. Gaascht)