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Brûler ses icônes, le privilège des lâches

Divers 13-04-2026


 

Ce dimanche en début d'après-midi, Thierry Neuville et Martijn Wydaeghe ont vécu un revers cuisant en Croatie. Dans les heures qui ont suivi, les commentaires ont été innombrables. Certains faisant part de leur soutien infaillible au pilote belge et à son copilote, d'autres, une courte majorité, procédant à un lynchage en bonne et due forme. Les réseaux sociaux offrant une caisse de résonance unique en son genre aux adeptes des discussions de comptoir et des raisonnements à deux balles, Thierry Neuville s'est retrouvé trainé dans la boue, accusé de tous les maux, vilipendé, moqué, d'aucuns allant même jusqu'à prétendre qu'il n'a jamais su piloter ! Des commentaires qui ont notamment fleuri sur la page Facebook de Speed Action, censée être avant tout un repère de passionnés. 

 

Une courte nuit plus tard, impossible de rester de marbre devant une telle montagne de conneries. Quand bien même il n'est pas question ici d'ignorer une erreur dans le chef du pilote de Saint-Vith, que lui-même a d'ailleurs reconnue. Thierry aurait pu arguer un problème technique, il ne l'a pas fait. Il a inscrit un poil trop tôt la voiture dans cette courbe à droite, et en une fraction de seconde, tout est parti de travers. Alors qu'il n'avait qu'à assurer le résultat. Une erreur, oui, similaire sans doute à celles commises par Oliver Solberg et Elfyn Evans dès vendredi. Le Suédois et le Gallois n'avaient néanmoins pas eu droit à un tel déferlement de haine. 

 

Au-delà de la méchanceté gratuite de nombreux commentaires, c'est l'absence de toute réflexion dans le chef de leurs auteurs, parfois pilotes eux-mêmes - pas au même niveau, mais est-ce utile de le préciser ? - qui retient l'attention. Tous les représentants des constructeurs et assimilés présents dans le FIA World Rally Championship sont des artistes, des funambules qui, de temps de temps, tombent du fil. C'est l'essence même de leur métier : flirter avec la limite dans des conditions variables à souhait.

 

Bien sûr, Neuville a abordé cette Power Stage croate avec un avantage d'une minute sur Takamoto Katsuta. Non, il ne devait pas prendre tous les risques, d'autant qu'il ne visait ni les points du Super Sunday, ni ceux de la Power Stage. Depuis le matin, il 'cruisait' sur les spéciales. Ce qui ne veut pas dire qu'il roulait le coude à la portière, loin de là. Même sans être sur place, il est aisé de comprendre, en visionnant de nombreuses vidéos prises par des spectateurs, combien les vitesses atteintes sont très élevées sur les spéciales croates. Des spéciales sales, sur lesquelles l'erreur ou la crevaison guette en permanence.

 

L'espace d'un instant, Thierry a-t-il été déconcentré en pensant aux réjouissances à venir ? Sans doute. Il a commis une faute et il l'a payée cash. D'autres, auréolés de nombreux titres mondiaux, ont déjà connu pareille mésaventure qui fait très mal à l'égo, mais qui ne les a jamais empêchés de remporter d'autres épreuves par la suite. La force de ces gars, c'est de savoir tourner la page et rebondir. Neuville en est capable, il l'a déjà démontré... Souvenons-nous notamment de l'Allemagne en 2014, alors qu'il n'était qu'un gamin lancé dans l'arène mondiale. 

 

Et puis, replaçons tout ça dans son contexte, plutôt que de tirer aveuglément sur le pianiste ! Depuis son titre de champion du monde fin 2024, qui n'a ni plus ni moins de valeur que certaines couronnes décrochées par Sébastien Loeb et Sébastien Ogier par le passé, le pilote belge vit une période compliquée. La Hyundai est un ton en dessous de la Toyota, ce qui se ressent désormais sur toutes les surfaces. De quoi obliger les pilotes de la marque coréenne à attaquer à outrance, avec les risques que cela comporte. Pour rappel, samedi, Adrien Foumaux est lui aussi parti à la faute ! Une fois encore, on ne se souvient par d'une marée d'injures dans la foulée. 

 

Oser prétendre que c'est toujours la même chose avec Neuville, qu'il ne tient pas la pression, voire qu'il n'a jamais su conduire, c'est totalement zapper la carrière du Saint-Vithois. Depuis ses premiers exploits en Belgique jusqu'à ses victoires internationales dans la compétition IRC, pour en arriver ses... 22 succès en championnat du monde. A son titre de champion du monde, à ses cinq titres de vice-champion du monde, et aux trois saisons clôturées au 3e rang de la compétition. Tout ça sans savoir piloter ni tenir la pression ? Cessons de rire... 

 

Dans l'histoire très riche du sport automobile belge, Thierry Neuville restera sans doute longtemps, voire à jamais, le meilleur pilote de rallye. Et sur la durée, on parlera sans doute de lui comme on parle de Jacky Ickx aujourd'hui. Resteront en mémoire les titres, les victoires et les exploits. Les revers, fussent-ils spectaculaires comme celui vécu ce dimanche, s'effaceront avec le temps. Et la dimension de la carrière de Thierry est sans doute difficile à juger pour certains, dès l'instant où elle demande un minimum de réflexion. 

 

Au fil des ans, en fait au cours des 20 dernières années, le journaliste que je suis a pu assister à l'éclosion de Thierry Neuville, à son envol, à son incroyable parcours. Que de week-ends passés à suivre ses performances au fil des spéciales, à savourer ses scratches et ses victoires, à ruminer ses défaites, à pester sur tout et n'importe quoi quand les résultats ne sont pas ceux escomptés. Soudainement, c'est ce pilote qui serait devenu mauvais et incapable ? Balivernes !

 

Le problème, une fois encore, c'est qu'en Belgique, le 'supporter' n'est pas chauvin. Il est par contre critique, très critique. Et lorsque des événements comme le revers de ce dimanche surviennent, ce même 'passionné', terme qui rime d'ailleurs parfois avec 'frustré', sort les armes et tire dans le tas. Le Belge a pour habitude de brûler ses idoles dès que l'occasion se présente. Pour mieux les encenser dès la victoire suivante. L'évolution, notamment technologique, de notre société permet à ces voix assourdissantes de connnerie de se faire entendre, voire de prendre le pas sur les commentaires d'une masse silencieuse. 

 

Quelques personnes se sentent obligées de constamment tout remettre en question. Elles ne sont tout simplement pas crédibles. Par contre, leurs commentaires sont totalement ridicules. Ils font fi de la réalité. Et si les erreurs des uns ou des autres sur les spéciales ou les circuits provoquent chez ces 'fans' qui n'en sont pas vraiment une telle effusion de haine, qu'ils s'occupent donc d'autres sports dans leurs commentaires, cela nous fera des vacances. 

 

Quitte à provoquer un nouveau flot de commentaires débiles et stériles, Speed Action signe et persiste : Thierry Neuville est pour longtemps encore, peut-être pour toujours, notre meilleur pilote de rallye, doublé d'un gaillard attachant. Jamais sans doute une personnalité belge du sport auto n'aura suscité autant d'émotions - quelles qu'elle soient ! - chez les passionnés et les observateurs. 

 

Au bout de cette tirade, deux conclusions s'imposent : 

 

1. Go TN ! Go MW ! 

 

2. Brûler ses icônes est le privilège des lâches. 

 

Bonne semaine. 

 

(Vincent Franssen / Photo Facebook Thierry Neuville)     



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